samedi 8 novembre 2008

Réponse à l'euphorie générale

Réaction à l'élection présidentielle américaine.
Dans un précédent article, bien que démocrate, j'annonçais que tout compte fait, entre Hillary Clinton et Barack Obama, je préférais encore McCain...
À vrai dire, je souhaitais la défaite d'Obama plus que la victoire de McCain.Du coup, suis-je déçu du résultat de l'élection ?
La réponse, est dans la question. On est toujours déçu de la victoire d'un candidat dont on ne souhaitait pas la victoire...

Bien sur, cette réponse serait totalement insatisfaisante sans argumentation. Même si je sais pertinemment qu'elle est vouée à l'échec, car la plupart des supporters inconditionnels du sénateur Obama (oui, il n'est pas encore président) ont une vision plus dominée par la passion que par la raison.
Et pour cause, le symbole de cet homme dépasse de loin toute considération pragmatique et positive de la situation.

Tout d'abord, je reconnais la dimension historique de cette élection. C'est le premier
président afro-américain, quelques décennies seulement après la ségrégation, ce qui est assez exceptionnelle. Je reconnais volontiers la puissance du symbole que représente Obama, il fait partie d'une minorité visible, pas nécessairement d'un milieu
extrêmement aisé, il est jeune, il parle bien, il est très charismatique, il est bien entouré et a un bon sens de la politique... Il est l'incarnation du rêve américain.
En un mot, c'est un bon candidat, un très bon candidat même. Probablement
et même surement le meilleur candidat qui se soit présenté à cette présidentielle.
Seulement, voulons-nous un bon candidat à la Maison Blanche ? personnellement, je souhaiterai un bon président...
Je rappellerai que nous n'étions pas si loin de cet argument contre Nicolas Sarkozy il y a à peu près un an et demi.

Barack Obama est pour moi le symbole de la politique spectacle, on ne fait plus de la politique par la pertinence des idées, mais par la capacité d'un candidat à communiquer. C'est le meilleur communiquant qui a gagné cette campagne, pas forcément le meilleur président.
D'ailleurs, dois-je rappeler que c'était la campagne électorale la plus chère de
tous les temps ? dans le monde !! Si je vois une victoire ici, c'est celle du pouvoir financier. À coup de millions de dollars, l'équipe de campagne du sénateur de l'Illinois a réussi à convaincre le monde qu'Obama est un sauveur, un homme qui va réussir à sauver le monde, à réguler la crise, à pacifier le Moyen-Orient et à stabiliser l'Irak. Je n'y crois absolument pas.
Le problème financier soulève d'ailleurs une question essentielle ? de qui a-t-il reçu des fonds, et qui doit-il "remercier" une fois aux responsabilités ?

D'ailleurs, la crise, parlons-en. N'est-ce pas Barack Obama qui en 2006 a refusé de réformer le système financier instable des crédits immobiliers américains fondés
sur la titrisation sur le marché des subprimes ?
Ce n'est qu'une anecdote, mais j'estime qu'elle a son importance, toute relative certes.

J'entends d'ici que McCain est encore pire, beaucoup utilisent à son encontre des mots d'une violence qui le qualifierai presque d'ennemi de l'humanité. Allons, tout ça n'a rien de sérieux. John McCain est vieux oui, quoique il ne le sera pas plus en 2012 que l'était Ronald Reagan ou Jacques Chirac en fin de leur mandat présidentiel. De toutes façons, ça importe peu.
John McCain est défavorable à l'avortement, c'est vrai, c'est un fait. Il faut reconnaître que le débat sur le droit à la suppression d'un être en devenir est complexe. D'un côté on empêche un humain de naître, d'un autre, on risque de gâcher la vie de milliers de femmes, certaines même meurent d'avortement clandestin ce qui est inacceptable. C'est un débat complexe auquel on ne peut se permettre de mettre une fin en disant "tous ceux qui émettent des réserves quant à la liberté totale de l'avortement sont des abrutis" même si moi-même je vous l'avoue penche plutôt en faveur de la légalisation, car j'estime que c'est la moins pire des solutions.
John McCain soutenait la guerre en Irak, tout comme la plupart des démocrates. Il s'est depuis constamment et avec assiduité opposé à la manière dont elle était menée. Il s'est également opposé aux pratiques de la prison de la base de Guantanamo et a été contre Georges Bush sur tous les problèmes environnementaux.
En fait, il est en désaccord avec Bush sur la plupart des points qu'on lui reproche. Même si l'équipe d'Obama n'a pas arrêté de dire "élisez John McCain, et c'est un troisième mandat pour Bush" ce qui est totalement faux, les deux personnes se détestant.
Il reste le problème de la peine de mort... c'est un point sur lequel les deux sont malheureusement d'accords.
Ah, et d'ailleurs, John Kerry a voulu le prendre sur son ticket en 2004, paradoxal ? sans doute si l'on cette vision étroite du vétéran.
Absolument pas si nous le voyons tel qu'il est réellement.
D'ailleurs, s'il avait accepté cette position, en 2004, vous auriez tous été des supporters de John McCain, et pourtant, ces idées auraient été très strictement les mêmes.

Peut-on encore rationnellement me dire que John McCain est ce diable décrit par l'ensemble des médias français ?

Bien sur, il te reste la cartouche "Sarah Palin". Ne nous aventurons pas sur
l'argument de l'expérience, elle n'en a pas moins que l'ex candidat Démocrate, sauf qu'elle est numéro 2. Sur le ticket opposé, l'inexpérimenté est en position 1, ce qui est tout de même plus grave.
Bien sur, il lui est arrivé de dire des énormes conneries, ce qui est grave, ne le nions pas.
Face à elle, la candidate républicaine à la vice-présidente avait Joe Biden,
qui a déclaré qu'en 1929, le président Roosevelt était allé à la télé pour expliquer aux Américains ce qui se passait... en 1929, le président s'appelait Hoover, et la télé n'en était qu'à ses balbutiements. Et on retiendra aussi le magnifique "j'ai parcouru pas moins de 57 États" prononcé par le n°1 du ticket démocrate... Alors je veux bien croire que McCain a eu du mal avec la géographie européenne, mais avoir du mal avec la géographie américaine est une dimension de gravité au dessus, lorsqu'on veut présider les États-Unis.

Bref...
si on ne devait retenir qu'une chose, retenons qu'il est vrai, c'est une élection historique... avec ce qu'il y a de bon en ce sens que la discrimination raciale semble avoir chuté, car bien des blancs sont capables de voter pour un noir. Avec aussi ce qu'il y a de mauvais, on a élu un démagogue, beaucoup trop le soutiennent, pour ce que j'estime être de mauvaises raisons. Parce que par tradition, il se doit dans nos contrées de soutenir le candidat démocrate, et car il faut le dire, il est très charismatique. ça ne suffit pas quoiqu'on en dise à faire un bon président.

Je suis subversif c'est vrai, et je dois avouer que je n'en retire pas aucun plaisir. N'oublions pas également que je préfère de loin les démocrates aux républicains. Mais dans ce cas, je préfère soutenir un républicain pour de bonnes raisons, qu'un démocrate pour de mauvaises.


Toujours est-il qu'il est intéressant d'aller au delà des lieux communs, car c'est la que souvent on trouve des analyses intéressantes, en dehors des sentiers battus. N'est-ce pas d'ailleurs quelque part la démarche de mon parti politique ?

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Juste une petite remarque : la moitié des fonds récoltés par le sénateur Obama provenait de donations privées de moins de 200 dollars. C'est un drôle de pouvoir financier...

Benjamin Haymann a dit…

Oui, la moitié... d'ou venait donc l'autre moitié ? on revient aux problèmes d'éventuelles lobby qui risquent d'être terriblement influents sur la présidence ces prochaines années.

Ensuite il est vrai, ce n'est pas un "pouvoir financier" je voulais dire par la, que c'est la victoire du pouvoir de l'argent. Il a gagné en partie car il a dépensé plus d'argent, et qu'il a donc eu une meilleur communication.
Cet argument avait été utilisé contre Bush il y a 4 ans par les pro-Kerry... pourquoi ne pas l'utiliser maintenant contre Obama ?

Oré a dit…

hihi
moi je dis : t'as pas plus important à faire ben ? non mais, range ton pc et va donc travailler, l'ENS ne se gagne pas sous l'empire de la théorie des jeux !
C'est un nouveau président, comme chaque nouveau président américain. Alors oui il y a une forte symbolique, et franchement, je suis contente que ce soit lui - relativement hein car en vrai j'en ai rien à foutre. Mais bon, je ne vois pas pourquoi sa victoire met la France en émoi, il ne va pas sauver le monde, tout comme la frite ne l'aurait pas fait non plus.

Phileas a dit…

Commentaires insolites sur la victoire de Barak Obama et de la soit-disante théorie du "bon candidat et du mauvais président" tout comme cette vidéo avec ce défilé de vedettes avec la plupart desquelles je n'ai rien en commun ?
Nous ne devons pas faire parti du même mouvement l'un et l'autre...Il doit y avoir confusion pour l'un d'entre nous

coordination pour les libertés etudiantes a dit…

La coordination a été fondée suite au decret pris par Madame le Ministre Valerie Pecresse portant sur une modification du statut des enseignants-chercheurs. Ce collectif se propose de militer pour que les Facultés restent des centres de transmission du savoir. Cette transmission passe par un enseignement de qualité et donc par des recherches independantes. Cette independance ne peut se faire que par une autonomie totale des universités, et donc un désengagement de L'Etat.

Benjamin Haymann a dit…

Phileas, j'ignorai qu'il était interdit d'émettre des doutes quant au bien fondé de cette passion sans réserves pour le président américain.
Quand à la vidéo, elle présente l'histoire de l'udf, que cette histoire vous plaise ou non, ces "vedettes" comme vous les appelez sont constitutives de ce mouvement qui est à l'origine du notre. En aucun cas je ne fais la promotion de ces gens la. Je pensais que c'était assez clair pourtant...